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Rapport ESG Adapté aux Entreprises de Taille Moyenne

<p>Zvonimir Vlak</p>
Zvonimir Vlak / Image by: foto

Écrit par : Zvonimir Vlak, Responsable Senior au sein du Département d’Audit et de Conseil Comptable de Deloitte

Le cadre européen de reporting sur la durabilité a subi une transformation significative ces dernières années, principalement avec l’introduction de la Directive sur le Reporting de Durabilité des Entreprises (CSRD) et des Normes Européennes de Reporting de Durabilité (ESRS) correspondantes. Ces normes établissent des exigences détaillées pour les grandes entreprises et certaines entités cotées, tout en créant simultanément une sorte d’espace ‘vide’ pour les entreprises de taille moyenne, connues sous le nom de sociétés de taille intermédiaire, qui se situent entre un régime obligatoire complet et des cadres volontaires plus simples. Cela est particulièrement évident dans le contexte du paquet Omnibus, qui a restreint les obligés aux entreprises comptant plus de 1 000 employés et plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires, exemptant ainsi un nombre significatif d’entreprises, y compris une grande partie de la population des sociétés de taille intermédiaire, des obligations de reporting formel.

Ces entreprises subissent toujours une forte pression de la part des investisseurs, des banques et des grands clients dans la chaîne de valeur, qui recherchent des données fiables sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance. Dans ce contexte, il existe un besoin de normes de reporting volontaires proportionnelles mais crédibles spécifiquement adaptées au segment des sociétés de taille intermédiaire.

Manque de Ressources

Les ESRS sont conçues comme un cadre complet, composé de deux normes transversales axées sur les exigences générales, et de dix normes thématiques couvrant le climat et d’autres questions environnementales, la main-d’œuvre, l’impact social et la conduite des affaires. Le concept clé introduit par les ESRS est la double matérialité, où le reporting n’est pas limité aux impacts financièrement significatifs mais englobe également les conséquences sociales et environnementales plus larges des opérations commerciales.

Pour les entreprises soumises à la CSRD, cela signifie la nécessité d’établir des processus de collecte de données, des systèmes de contrôle interne et des structures de gouvernance qui peuvent soutenir un cycle de reporting régulier et une vérification indépendante. Cependant, pour une grande partie des sociétés de taille intermédiaire, une telle approche est tout simplement trop lourde par rapport à leurs ressources, et en même temps, elles ne disposent pas d’un cadre volontaire suffisamment adapté qui leur permettrait de répondre systématiquement aux demandes des parties prenantes.

Cadre Volontaire Étroit

L’EFRAG a tenté de répondre partiellement à cette lacune en développant des normes VSME volontaires pour les petites et moyennes entreprises. Le VSME se compose de modules simplifiés qui permettent aux entreprises de rapporter de manière structurée, mais avec un nombre de points de données significativement plus petit et un niveau de détail inférieur par rapport aux ESRS. La Commission Européenne a annoncé qu’elle développerait une norme volontaire formelle basée sur ce cadre, qui servira simultanément de limitation sur la quantité d’informations que les grandes entreprises soumises à la CSRD peuvent demander aux petites entités de leur chaîne d’approvisionnement. Ce plafond de chaîne de valeur joue un double rôle : il protège les PME des demandes excessives tout en garantissant un minimum d’informations ESG comparables dans la chaîne de valeur.

Cependant, les investisseurs et de nombreux participants du marché des capitaux sont confrontés au problème que le VSME, bien qu’utile pour les très petites entités, ne fournit pas de données suffisamment granulaires pour analyser des entreprises qui sont déjà clairement au-dessus de la taille moyenne des PME. Cela est particulièrement évident dans le segment des sociétés de taille intermédiaire, où le besoin d’informations ESG plus sérieuses est de manière disproportionnée plus grand que ce que le VSME dans sa forme de base permet.

Ni Moyen Ni Grand

En réponse à ce besoin, la Norme de Reporting de Durabilité des Sociétés de Taille Intermédiaire (SRS) a été développée à travers l’initiative #WeAreEurope. Il s’agit d’un projet collaboratif impliquant des représentants d’sociétés de taille intermédiaire, des cabinets de conseil, des analystes ESG et des investisseurs, visant à concevoir une norme volontaire mais ambitieuse spécifiquement ciblée sur les entreprises de taille moyenne. Cette initiative a reconnu qu’il y a environ dix mille sociétés de taille intermédiaire dans l’Union Européenne, qui sont ‘trop grandes’ pour des cadres PME très simples, mais qui ne sont pas ou ne seront pas des obligés formels sous la CSRD. Par conséquent, les SRS sont conçues comme un compromis proportionnel : elles conservent la logique fondamentale des ESRS, y compris un accent sur la matérialité et l’intégration de la durabilité dans la stratégie, mais réduisent le nombre de points de données obligatoires, se concentrant sur les informations les plus importantes pour les décideurs financiers, les banques et les partenaires commerciaux clés.

Conceptuellement, les SRS des Sociétés de Taille Intermédiaire s’appuient sur les ESRS mais ne tentent pas de les reproduire à une échelle plus petite. Au lieu de cela, elles adoptent sélectivement des domaines thématiques (par exemple, les risques climatiques et les émissions, la main-d’œuvre, les relations avec les fournisseurs, la conduite des affaires et l’éthique) et les structurent d’une manière adaptée à une organisation de taille moyenne. Cela évite une situation où une société de taille intermédiaire doit simultanément mettre en œuvre un système complexe de double matérialité avec des dizaines d’indicateurs quantitatifs détaillés, ce qui serait irréaliste pour beaucoup. La norme est clairement axée sur la praticité : elle est destinée aux entreprises qui doivent répondre aux demandes ESG mais souhaitent maintenir le contrôle sur leurs propres processus et développer progressivement des capacités dans ce domaine.

Plus Ambitieux que ‘Nécessaire’

Les SRS occupent une niche spécifique. D’une part, le VSME est conçu comme le ‘minimum nécessaire’ pour les petites et moyennes entreprises, tandis que les SRS des Sociétés de Taille Intermédiaire sont délibérément fixées de manière plus ambitieuse, visant à répondre aux besoins d’information des investisseurs et des institutions financières pour les entreprises de taille moyenne. Diverses organisations professionnelles soulignent la nécessité d’une norme volontaire ‘crédible et proportionnelle’ pour les entreprises petites et de taille intermédiaire dans leurs appels à la Commission Européenne, qui serait suffisamment robuste pour fournir des informations significatives sur la durabilité mais également pragmatique pour que ces entreprises puissent réellement l’appliquer. Les SRS se profilent comme une mise en œuvre pratique de telles recommandations : elles maintiennent la conformité avec la logique de la CSRD mais mettent en avant la réalité des sociétés de taille intermédiaire, à savoir des ressources limitées, des systèmes de gestion développés mais pas nécessairement entièrement formalisés, et une forte dépendance aux relations avec des clients et des institutions financières plus grandes.

Vérification Indépendante

La perspective des investisseurs et du marché des capitaux plus large confirme encore l’importance des normes volontaires pour le segment des sociétés de taille intermédiaire. Les analystes ont longtemps averti du manque de données de durabilité de qualité, comparables et fiables pour les petites et moyennes entreprises. Sans de telles informations, l’intégration des facteurs ESG dans l’évaluation et l’analyse des risques reste superficielle, et l’évaluation de la durabilité d’une entreprise repose souvent sur des estimations de tiers qui ne sont pas toujours transparentes. Une norme volontaire crédible (SRS de taille intermédiaire) permet de commencer à réduire systématiquement cette lacune. Cela réduit l’espace pour le greenwashing, augmente la confiance et facilite la comparaison des entreprises au sein des secteurs ou des portefeuilles.

Une vérification indépendante par un tiers joue un rôle spécial dans l’amélioration de la crédibilité de ces rapports. Bien que le reporting sous les SRS des Sociétés de Taille Intermédiaire soit volontaire, faire appel à un prestataire de services externe pour vérifier l’exhaustivité et l’exactitude des données publiées peut être extrêmement précieux. Le tiers analyse si les informations sont conformes à la norme choisie, s’il existe un système de contrôle interne adéquat sur le processus de collecte de données, et si les méthodologies utilisées sont clairement définies et appliquées de manière cohérente. Du côté du marché des capitaux, des recherches montrent que les entreprises avec des rapports ESG vérifiés bénéficient souvent d’une plus grande confiance des investisseurs, de coûts de capital plus bas et de moins d’incertitude dans les modèles de prévision.

Bonne Préparation au Changement

En même temps, la vérification a un effet interne important : le processus de vérification indépendante identifie souvent des faiblesses dans la collecte de données, des lacunes dans la documentation des procédures, ainsi que des opportunités de rationalisation et de numérisation. Pour une entreprise qui est juste au début de son parcours ESG, c’est une opportunité d’améliorer rapidement la qualité des données avec l’aide d’une expertise externe, d’aligner les méthodologies et de s’assurer que les futurs cycles de reporting sont plus efficaces et moins risqués.

Lorsque tout ce qui précède est considéré ensemble, il est clair que les SRS des Sociétés de Taille Intermédiaire ne sont pas simplement une autre obligation administrative, mais un outil de positionnement stratégique. Une société de taille intermédiaire qui décide aujourd’hui d’adopter une telle norme, tout en s’appuyant sur une vérification indépendante, envoie un message clair qu’elle est prête à jouer un rôle sérieux dans l’économie durable européenne. Elle se positionne consciemment comme un partenaire fiable dans la chaîne de valeur, un interlocuteur reconnaissable pour les banques et les investisseurs, et une organisation qui comprend que les exigences de transparence et de responsabilité ne feront que croître à l’avenir. Dans un monde où la réglementation continue d’évoluer, ce sont précisément ces entreprises qui ont investi tôt dans le développement d’un système de reporting sur la durabilité proportionnel mais efficace qui bénéficieront le plus des changements à venir.

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