Les investissements directs étrangers en Europe ont chuté de sept pour cent en 2025, selon la dernière édition de l’EY European Attractiveness Survey pour 2026. Malgré cette baisse et l’incertitude mondiale qui a marqué l’année passée, le continent a tout de même attiré plus de 5 000 projets d’investissement ayant créé plus de 200 000 nouveaux emplois, indiquant la résilience des hypothèses économiques fondamentales de l’Europe.
La baisse de sept pour cent du nombre de projets est significativement moins sévère que la tendance mondiale. La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement a enregistré une baisse stupéfiante de 16 pour cent des investissements industriels en greenfield à l’échelle mondiale l’année dernière. L’Europe fait face à un ensemble spécifique de problèmes par rapport aux États-Unis et à la Chine, allant d’une croissance économique plus lente et d’une plus grande exposition à la volatilité des prix de l’énergie aux tensions commerciales avec les États-Unis et aux conséquences de la guerre en Ukraine et des conflits au Moyen-Orient.
Le nombre d’emplois créés à la suite des investissements étrangers a chuté plus fortement, de 25 pour cent, reflétant une approche plus prudente quant à l’échelle des projets dans le climat économique actuel, ainsi que l’application croissante des technologies basées sur l’intelligence artificielle qui améliorent la productivité, en particulier dans le secteur des services.
Les plus grands marchés perdent de l’élan
Les investissements ont diminué dans les trois plus grandes économies européennes. La France a enregistré une baisse de 17 pour cent, le Royaume-Uni de 14 pour cent, et l’Allemagne de dix pour cent. En France, la confiance des investisseurs a été ébranlée par l’instabilité politique suite à la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, malgré des fondamentaux économiques par ailleurs solides. Le marché britannique est alourdi par les conséquences commerciales du Brexit et des impôts plus élevés, tandis que l’économie allemande est particulièrement affectée par le ralentissement du secteur manufacturier, causé par une demande plus faible en provenance de Chine et des coûts énergétiques élevés. La baisse des investissements manufacturiers en Allemagne a également eu un impact sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
Bien que les investissements au niveau national aient chuté dans les plus grands pays européens, de nombreuses villes et régions ont enregistré une croissance. Londres est un exemple de cette exception, où le nombre de projets d’investissement étrangers a augmenté de cinq pour cent grâce à la force existante dans les secteurs technologique et financier. Dans la région française d’Auvergne-Rhône-Alpes, le nombre de nouveaux emplois créés grâce aux investissements étrangers a plus que doublé, grâce à une forte augmentation des projets logistiques.
L’Europe du Sud et de l’Est en plein essor
Alors que les plus grands marchés s’affaiblissent, les investissements ont fortement augmenté dans certaines parties de l’Europe du Sud, centrale et orientale. La Turquie a enregistré une augmentation de 20 pour cent, la Pologne de dix, et l’Espagne de sept pour cent. Cette tendance est alimentée par des coûts de main-d’œuvre compétitifs, la disponibilité de terrains pour des projets industriels, et des fonds de l’Union européenne qui ouvrent la voie à des investissements dans les infrastructures. La région élargie de Lisbonne a également enregistré une croissance, de deux pour cent dans le nombre de projets et même de 11 pour cent dans le nombre de nouveaux emplois, grâce à un écosystème numérique développé qui attire des projets intensifs en technologie.
La croissance des investissements dans ces villes et régions est le résultat d’une combinaison d’avantages fondamentaux, tels que des bassins de talents profonds et une activité commerciale existante, ainsi que de mesures locales ciblées telles que des incitations fiscales, des programmes de reconversion, et des investissements dans les infrastructures numériques. Tous ces pays connaissent également une croissance économique plus forte que la moyenne de la zone euro en 2025, reflétant la confiance croissante des investisseurs dans leur potentiel à long terme.
L’intelligence artificielle, la défense et l’énergie entraînent une nouvelle vague d’investissements
Bien que le sentiment général des investisseurs reste prudent, l’Europe attire des capitaux significatifs dans des secteurs stratégiquement importants. Le nombre de projets d’investissement dans l’intelligence artificielle a explosé de 96 pour cent en 2025, créant plus de 14 000 nouveaux emplois, soit 41 pour cent de plus que l’année précédente. Fait intéressant, les investissements dans l’intelligence artificielle ont augmenté en France, au Royaume-Uni et en Allemagne, malgré la baisse des investissements totaux dans ces pays. Parmi les nouveaux projets en Europe, l’ouverture de bureaux par Anthropica à Paris et à Munich est mentionnée.
Malgré cette croissance, les entreprises considèrent encore souvent l’Europe comme moins attractive pour les investissements dans l’intelligence artificielle par rapport à d’autres régions du monde. Ainsi, 43 pour cent des répondants voient le continent comme moins attractif, tandis que seulement 32 pour cent le considèrent comme une destination plus attrayante que le reste du monde. Les participants à l’enquête indiquent qu’ils s’attendent à ce que les dirigeants européens prennent des mesures plus décisives dans les domaines de la réglementation, du développement des compétences technologiques et de l’infrastructure technologique pour capitaliser sur l’élan précoce dans le développement de l’intelligence artificielle.
Le nombre de projets d’investissement dans la défense a augmenté de 84 pour cent, créant près de 7 000 emplois. Cette croissance est le résultat de l’intense armement des pays européens en réponse à la guerre en Ukraine et à l’incertitude croissante concernant l’engagement des États-Unis envers les obligations de l’OTAN. Les investissements les plus forts ont été enregistrés au Royaume-Uni, en France et en Ukraine, englobant plusieurs sous-catégories.
L’aérospatiale, les drones et les technologies spatiales représentent plus d’un tiers de tous les projets de défense, tandis que les munitions et les missiles, ainsi que les systèmes militaires terrestres, tels que les chars, représentent chacun 21 pour cent des investissements totaux. Un exemple d’utilisation duale est le projet de la société espagnole de logiciels spatiaux INTEGRASYS, qui a établi un centre d’excellence en France pour le développement de technologies spatiales destinées à des applications commerciales et de défense. Deux tiers de tous les investissements dans la défense proviennent de l’Europe, tandis que cette part pour tous les secteurs combinés est de 57 pour cent, reflétant le désir du continent d’une plus grande autonomie dans des parties clés de la chaîne de valeur de la défense.
