La Turquie a préparé une mauvaise surprise pour le ministre grec et le ministre français de la Défense (Nikos Dendias et Catherine Vautrin) dans les airs au-dessus de Chypre alors qu’ils volaient dans leurs avions militaires vers Nicosie pour une réunion informelle des ministres de la Défense de l’UE avant la fin imminente de la présidence chypriote de l’UE. Le ministre français de la Défense avait une autre tâche en route : signer un accord bilatéral avec son homologue chypriote sur le déploiement de troupes françaises supplémentaires à Chypre.
Tout cela se passe à un moment où l’UE annonce de sérieuses intentions de renforcer son autosuffisance en matière de défense et sa préparation au combat sous la pression de l’administration Trump. Le sultan moderne du Bosphore, le président turc R. T. Erdoğan, a décidé de tester cette préparation au combat européenne d’une manière presque humoristique. L’avion transportant le ministre grec et le ministre français de la Défense a connu des perturbations de communication avec la partie nord de Chypre, qui est sous occupation turque depuis plus d’un demi-siècle, et les ministres ont également pu remarquer des chasseurs turcs F-16 les suivant à distance. La délégation néerlandaise a également rencontré des problèmes.
Sélection minutieuse des cibles et du timing
Cet incident apparemment mineur a révélé la préparation au combat de l’UE sous un jour réel. Et le sultan Erdoğan a soigneusement sélectionné à la fois les cibles et le timing. En raison du différend turco-grec sur Chypre divisée, il est clair pourquoi le ministre grec est toujours une cible. Et la France aspire à devenir la puissance militaire dominante de l’UE dans le concept de défense européenne autosuffisante.
Cette ambition est soulignée par le déploiement accru de ses soldats à Chypre (la partie de l’île sous contrôle grec, qui est un État reconnu internationalement et membre de l’UE) ces derniers mois, alors que la fin des guerres du Moyen-Orient approche et que la course à l’influence post-guerre commence. Quant au timing, la provocation dans les airs est survenue avant le sommet de l’OTAN à Ankara en juillet, qui est déjà présenté comme l’un des plus importants de son histoire. Erdoğan voit cela comme une opportunité de réduire l’influence turque en Méditerranée. De plus, ces derniers jours, le renouveau de la défense européenne a subi une nouvelle défaite : le grand projet franco-allemand de création d’un avion de combat ‘européen’ commun a officiellement échoué en raison de désaccords entre partenaires. Erdoğan ne manque vraiment pas de sens du drame politique, reconnaissant les faiblesses et humiliant ses rivaux.
Et comment la défense de l’UE a-t-elle réagi à l’incident ? Pour commencer, la question était de savoir qui dans l’UE informer de l’incident. Ainsi, les médias ont été informés à l’avance pour annoncer que durant la journée, ils informeraient la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, de l’intimidation des ministres européens dans le ciel chypriote. Erdoğan attendait ‘anxieusement’ sa réponse tandis que son équipe cherchait la bonne formulation pour l’incident. Dans les jours suivants, ils ont promis d’informer également le Conseil des ministres de l’UE. Selon la procédure. Les autorités turques ont rapidement répondu immédiatement après les accusations des médias : que des avions étrangers (au-dessus de la partie occupée de Chypre) avaient violé leur (turque) espace aérien, et qu’ils avaient été contraints de faire décoller des chasseurs.
