‘Nous aurions pu, mais nous n’avons pas eu à le faire.’ Cette phrase pourrait résumer, sans exagération, la philosophie officielle du Ministère de l’Économie en matière d’encouragement des grands investissements industriels en Croatie.
Alors que d’autres pays européens se battent bec et ongles pour chaque euro d’allègement pour leurs exportateurs, inondant leurs industries de subventions parce qu’ils en ont enfin la possibilité, notre administration utilise froidement des échappatoires bureaucratiques pour justifier sa propre lenteur dans la mise en œuvre de procédures que même Bruxelles approuve. Le dernier exemple de cette paresse chronique a coûté à la grande industrie navale nationale des millions en exonérations fiscales, et le coupable est GBER.
Exemptions de Groupe
GBER est l’acronyme anglais pour Règlement Général d’Exemption par Catégorie, ou le Règlement Général Européen sur les Exemptions de Groupe. Derrière ce nom compliqué se cache un manuel bureaucratique de base pour l’aide d’État dans l’Union Européenne.
C’est un document qui prescrit des règles de jeu claires, des règles établies par Bruxelles : combien exactement un État est autorisé à aider financièrement une entreprise privée sans que cela soit considéré comme une tricherie sur le marché et une violation des règles de concurrence.
Cependant, pour que cela se produise dans la pratique, chaque État membre de l’UE doit adopter ou ajuster ses propres lois. Et c’est ici que nous arrivons au paradoxe croate classique. Nous savions que nous pouvions changer les règles et distribuer des subventions plus généreuses, mais nous ne l’avons pas fait. Nous ne l’avons pas non plus mis en œuvre.
Retour de la Grande Construction Navale
En effet, il y a trois ans, la Commission Européenne a apporté des changements importants au système d’aide. De la catégorie des ‘secteurs indésirables’, ceux qui n’étaient pas autorisés à recevoir de l’aide, qui comprenait des industries plus traditionnelles, en d’autres termes ‘plus polluantes’, telles que l’acier ou le charbon, la grande construction navale a été complètement exclue. Avant cette décision, les grands chantiers navals étaient automatiquement exclus de la plupart des programmes d’aide d’État.
Cependant, avec la suppression de cette restriction à Bruxelles, la Loi sur la Promotion des Investissements en Croatie aurait pu et dû être modifiée en urgence. Cela aurait permis aux chantiers navals nationaux d’obtenir le droit à des exonérations fiscales pour leurs grands investissements en capital de plusieurs millions, tels que des réductions ou des exonérations complètes de l’impôt sur les bénéfices, ainsi qu’un soutien généreux pour chaque nouvel emploi créé.
La Suppression n’est Pas Obligatoire
Que fait notre Ministère de l’Économie ? Rien. Ils ont laissé passer des années sans aligner la législation nationale sur les lois européennes. En réponse à la demande de Lider sur les raisons pour lesquelles la grande construction navale n’a toujours pas le droit aux exonérations de la réglementation européenne applicable, le Ministère de l’Économie répond aujourd’hui froidement que ‘la suppression d’un certain secteur de la liste d’exclusion n’oblige pas automatiquement son inclusion dans les programmes d’aide d’État nationaux.’
Le Ministère souligne dans sa réponse que notre Loi sur la Promotion des Investissements inclut dûment les investissements dans le secteur de la petite construction navale (navires de moins de 100 tonnes de jauge brute, remorqueurs de moins de 365 kW, et coques inachevées de tels navires) et que, par le biais d’un soutien général dans l’industrie de transformation des métaux, ils encouragent en réalité des projets liés à la production de machines et d’équipements pour la construction navale. Cependant, ce n’est pas la même chose, et cela est clairement visible maintenant lorsque nos chantiers navals peuvent participer aux processus de décarbonisation du renouvellement des flottes croates, ainsi que d’autres flottes méditerranéennes.
Les Mathématiques sont le Coupable
La véritable raison pour laquelle l’administration a décidé d’ignorer cela réside en réalité dans le confort et les mathématiques budgétaires, que le Ministère a confirmé dans sa réponse. Ils ont souligné que les règles du GBER ne s’appliquent pas aux programmes d’aide d’État dont le budget annuel moyen dépasse 150 millions d’euros.
C’est le ‘nombre magique’ et la zone de sécurité dans laquelle notre administration se sent le plus à l’aise. Le Ministère de l’Économie a un calcul cadre annuel selon lequel il assure cet effet dans l’exonération de l’impôt sur les bénéfices par le biais du programme d’incitation à l’investissement existant. Dans ce cadre de 150 millions d’euros, le système fonctionne sans trop de turbulences.
