La Commission européenne a failli arrêter la construction du métro de Lisbonne parce que l’offre la plus basse a été soumise par le géant chinois CRRC, que Bruxelles estime recevoir des subventions d’État lui conférant un ‘avantage concurrentiel déloyal’, et le contrat de construction a finalement été attribué à une entreprise polonaise. Cependant, dans la même semaine, Bruxelles a silencieusement accepté le fait que ce même consortium chinois utilise de l’argent européen pour financer le transport urbain public, mais sur un autre continent.
À savoir, l’UE a approuvé le paiement d’environ 320 millions d’euros en prêts et garanties au Sénégal pour la troisième phase du transport public, qui est censée réduire le chaos sur les routes de Dakar, entre autres en acquérant des bus au gaz naturel. Il s’agit d’un projet financé par la BEI et la Commission, qui devait, du moins en théorie, aider principalement l’industrie européenne, mais aussi sa réputation, en diffusant les normes européennes et l’influence géopolitique.
La société suédoise Scania a postulé pour l’appel d’offres, qui était considéré comme purement formel, mais quelque chose de complètement inattendu, mais très réel, s’est produit : le géant d’État chinois CRRC a également postulé pour l’appel d’offres public sénégalais avec une offre à moitié prix de celle de Scania. Et il a gagné.
Et ici commence le malaise européen. La BEI a immédiatement déclaré que ‘la banque ne peut pas demander à ses clients de discriminer les soumissionnaires en fonction de leur nationalité’. Le ministre sénégalais a dû intervenir trois fois et souligner que ‘le processus était rigoureux’ et que les subventions d’État ne faisaient pas partie des critères de l’appel d’offres.
Il n’y avait pas de préférences européennes (comme dans l’UE), ni d’erreurs possibles, strictement formellement, il n’y en avait pas. Et maintenant, nous avons une situation claire : les contribuables européens financent un projet en Afrique, les institutions européennes soutiennent les prêts et garanties, et le travail revient à une entreprise d’État chinoise que Bruxelles accuse de subventions d’État illégales. Cela ne peut même pas être qualifié de paradoxe. Cela ressemble plus à une naïveté systémique.
