Il existe un phénomène dont on parle discrètement dans l’espace public, bien que ses conséquences imprègnent l’ensemble du système institutionnel. Il se manifeste dans des instances qui prennent des décisions sans fondements analytiques, dans une administration qui produit des procédures sans effet, et dans des structures de gestion qui perdent la capacité de comprendre la complexité des politiques publiques. Au cœur de ce phénomène, il s’agit d’une suppression systématique de l’expertise et de la responsabilité au profit de la loyauté, du réseautage et de la convenance politique. La littérature situe cet état dans le cadre de l’érosion institutionnelle et d’un État capturé.
C’est un phénomène qui ne se manifeste pas comme une série de déviations isolées, mais comme une distorsion des mécanismes de sélection au sein de l’État. La sélection négative devient la logique dominante : les individus plus compétents sont marginalisés ou quittent le système, tandis que la conformité et la médiocrité sont affirmées. Les capacités administratives de l’État sont faibles. Là où Max Weber prédisait une bureaucratie dépersonnalisée et fondée sur la connaissance, une administration hybride émerge dans laquelle des procédures formelles coexistent avec des réseaux informels de loyauté.
Dans la littérature, le terme morocratie est utilisé pour décrire un modèle dans lequel des fonctions clés sont exercées par des individus sans les connaissances appropriées, les capacités analytiques et l’intégrité professionnelle nécessaires. Contrairement à la corruption, qui implique un abus de pouvoir conscient, la morocratie est un processus plus subtil dont les conséquences sont plus durables et plus difficiles à détecter. Le problème ne réside pas nécessairement dans l’intention, mais dans un manque de capacité, ce qui le rend résistant aux mécanismes de contrôle classiques.
Logique de Partitocratie
Dans le contexte croate, les conséquences sont visibles dans les entreprises publiques, l’administration publique et l’autonomie locale. Les nominations à des fonctions clés sont façonnées par la logique de partitocratie, un système dans lequel les partis colonisent l’appareil d’État. Les critères professionnels sont formellement satisfaits, tandis que la décision réelle est façonnée par des schémas partisans et clientélistes. La Croatie appartient à un groupe plus large de ‘nouvelles’ démocraties post-communistes où la réforme transitoire n’a pas abouti à un service professionnel, mais à une méritocratie politisée.
