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L’économie des jours fériés : Quelle est la valeur d’un jour non travaillé en Croatie

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Chaque printemps, l’Europe ralentit. En quelques semaines, le lundi de Pâques, la fête du Travail, l’Ascension… s’enchaînent. Les entreprises fonctionnent avec des horaires réduits, l’administration ferme ses guichets, et l’économie, du moins sur le papier, perd des jours de travail.

Mais la question qui préoccupe les économistes et les employeurs depuis des années reste la même : combien coûte réellement un jour non travaillé ?

La réponse la plus directe est venue du Danemark, qui a aboli le Grand Jour de Prière (Store Bededag) en 2024, un jour férié vieux de près de 340 ans, non pas en raison d’un changement de tradition ou de la sécularisation, mais à cause du budget militaire. Le gouvernement de Copenhague a estimé que cela permettrait de récolter environ trois milliards de couronnes danoises par an, soit environ 400 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires. Cet argent était destiné à augmenter les dépenses de défense pour atteindre l’objectif de l’OTAN de deux pour cent du PIB.

Le prix politique était élevé, et la décision a suscité des manifestations et une vague de ‘congés maladie informels’ lors du premier jour férié aboli. Cependant, cela a également établi un précédent, car l’État a très concrètement fixé un prix à un jour de congé.

Jours fériés abolis puis rétablis

Une approche similaire a déjà été observée au Portugal. Au milieu de l’austérité post-crise en 2012, Lisbonne a aboli quatre jours fériés nationaux, deux laïques et deux religieux, pour augmenter le fonds de travail et alléger les finances publiques. Lorsque la situation fiscale s’est stabilisée, tous les jours fériés ont été rétablis en 2016. Bien qu’il soit difficile d’isoler leur impact économique réel, la logique politique était la même qu’au Danemark.

L’aperçu le plus concret provient des recherches des économistes Lucas Rosso et Rodrigo Wagner, qui ont également été utilisées par le Fonds Monétaire International dans son analyse du cas danois. Leur étude, basée sur des données provenant de près de 200 pays de 2000 à 2019, utilise un intéressant ‘expérience naturelle’. Les années où un jour férié tombe un week-end et n’est pas compensé par un jour de congé supplémentaire gagnent en réalité un jour de travail supplémentaire.

La conclusion était assez claire : chaque jour non travaillé supplémentaire réduit le PIB annuel d’environ 0,08 pour cent. C’est moins que ce que la pure mathématique des heures de travail pourrait suggérer, car une partie de la perte est compensée par des secteurs comme le tourisme et l’hôtellerie. Cependant, l’effet n’est pas uniforme, car l’industrie et la fabrication en ressentent le plus, tandis que les secteurs qui fonctionnent en continu, comme l’exploitation minière ou l’agriculture, réagissent à peine.

Dans les grandes économies, les chiffres augmentent rapidement, donc l’Allemagne avait un PIB dépassant 4,3 trillions d’euros en 2024. Un jour de travail perdu dans un tel système signifie environ 3,4 milliards d’euros de production en moins, avant de tenir compte des effets de consommation compensatoires. Les pays plus petits perdent moins en termes absolus, mais proportionnellement de la même manière, et ont souvent plus de jours fériés.

L’Europe n’est pas uniforme

Les différences au sein de l’Union européenne sont significatives. Selon les données d’EURES, la Lituanie et Chypre ont chacune 15 jours fériés nationaux cette année. À l’autre extrémité du spectre se trouve l’Allemagne avec neuf jours fériés nationaux, bien que les États fédéraux ajoutent les leurs.

Le Danemark, après avoir aboli Store Bededag, a maintenant dix jours fériés, ce qui est en dessous de l’ancienne moyenne européenne de 11,7 jours, selon Eurostat.

La différence entre, par exemple, neuf et 15 jours fériés n’est pas seulement culturelle mais aussi fiscale. Selon la méthodologie Rosso-Wagner, cela signifie une différence de près de 0,5 pour cent du PIB par an. Dans le cas de la Lituanie, dont l’économie valait environ 79 milliards d’euros en 2024, cela implique environ 360 millions d’euros de différence potentielle dans la production annuelle par rapport à un modèle ‘plus économe’.

Les économistes avertissent que les jours non travaillés ne sont pas un coût pur. La relation entre les heures de travail et la productivité n’est pas linéaire ; plus les gens travaillent, moins chaque unité de travail supplémentaire contribue. L’analyse du Fonds Monétaire International montre que les travailleurs bien reposés peuvent maintenir une productivité plus élevée par heure à long terme. L’étude de Rosso et Wagner note également moins d’accidents du travail et une augmentation à court terme de la satisfaction subjective dans les années avec plus de jours fériés.

En d’autres termes, une partie du PIB ‘perdu’ est récupérée par la qualité du travail, la santé des employés et la stabilité du système, qui sont des facteurs non directement visibles dans les comptes nationaux mais qui ont une réelle valeur économique. Par conséquent, malgré des discussions de plus en plus vocales, aucun gouvernement européen n’envisage sérieusement l’abolition massive des jours fériés. Cependant, l’exemple danois montre que lorsque le budget se resserre, même des traditions séculaires peuvent devenir une ligne dans Excel.

Où en est la Croatie

Si la même logique est appliquée à la Croatie, le tableau est assez clair et politiquement sensible. La Croatie a actuellement environ 14 jours fériés et jours non travaillés par an, ce qui est au-dessus de la moyenne européenne et plus proche d’un modèle ‘expansif’ comme la Lituanie que d’un modèle ‘plus économe’ comme l’Allemagne. En pratique, cela signifie que l’économie perd plus de jours de travail chaque année que les économies concurrentes avec moins de jours fériés.

Si nous prenons le cadre de la recherche Rosso-Wagner (environ 0,08 pour cent du PIB par jour non travaillé), le calcul pour la Croatie ressemble à ceci. L’OCDE indique que le PIB de la Croatie en 2024 était d’environ 85,9 milliards d’euros, ce qui signifie qu’un jour non travaillé supplémentaire ‘coûte’ environ 60 à 70 millions d’euros en production brute, selon la recherche Rosso-Wagner. En théorie, la différence de plusieurs jours fériés par rapport aux pays avec moins de jours fériés s’élève rapidement à des centaines de millions d’euros par an.

Mais ce n’est que la moitié de l’histoire, car la Croatie est spécifique et une grande partie de l’économie repose sur le tourisme. Contrairement aux économies industrielles, où les jours fériés signifient des opérations fermées et une perte pure, en Croatie, les jours fériés génèrent souvent de la consommation. Les week-ends prolongés remplissent les hôtels, les restaurants et les routes vers la côte. En d’autres termes, une partie de cette ‘perte’ se traduit par des revenus dans d’autres secteurs.

Par conséquent, abolir un jour férié en Croatie aurait un effet différent que dans le Danemark. À court terme, cela augmenterait le nombre de jours de travail et la production industrielle, mais cela pourrait simultanément réduire la consommation touristique et de détail, surtout en dehors de la saison principale.

Et il y a une troisième couche, la structure du travail. La Croatie a déjà un problème de faible productivité par heure par rapport aux pays de l’UE occidentale, et dans un tel environnement, plus de jours de travail ne signifient pas automatiquement un PIB proportionnellement plus élevé. Sans croissance de la productivité, un travail supplémentaire génère souvent des rendements décroissants.

Ainsi, la véritable question pour la Croatie est moins ‘devrions-nous abolir un jour férié’ et plus ‘où et comment augmenter la productivité des jours de travail existants’.

D’un point de vue politique, un scénario comme celui du Danemark est presque inimaginable sans une résistance sérieuse. Les jours fériés en Croatie ne sont pas seulement une catégorie économique mais aussi une partie de l’identité, et y toucher signifierait ouvrir un conflit social beaucoup plus large qu’une simple question budgétaire.

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