La scène d’investissement en Croatie a récemment été marquée par la manifestation de samedi des associations et des citoyens du comté de Sisak-Moslavina contre le projet de construction de méga fermes et d’abattoirs de poulets par Premium Chicken Company d.o.o., qui annonce un investissement de 600 millions d’euros. Cette d.o.o. est détenue par Renaissance Capital, dont le propriétaire est l’entrepreneur ukrainien Andrij Matjuha.
La direction de l’entreprise ukrainienne a publié une déclaration affirmant que Premium Chicken Company d.o.o. ‘condamne fermement les actions du Vice-Premier ministre et Ministre de l’Agriculture (…) David Vlajčić, qui a refusé une réunion officielle avec les investisseurs du projet d’une valeur de plus de 600 millions d’euros, tout en décidant en même temps de rencontrer des représentants de l’association activiste Green Action juste avant la manifestation annoncée.’
L’investisseur donne des leçons
Il est difficile de rappeler un entrepreneur croate qui a ‘condamné fermement’ un ministre du Gouvernement de la République de Croatie. Mais ici, une entreprise détenue par un entrepreneur ukrainien a osé le faire. On peut conclure qu’ils ont soit complètement perdu leurs nerfs, soit croient avoir un protecteur plus puissant à un poste plus élevé au sein du gouvernement croate. Quoi qu’il en soit, il serait intéressant de savoir si les Ukrainiens oseraient ‘condamner fermement’ un ministre dans leur pays d’origine.
En s’éloignant de la politique quotidienne, la question demeure de savoir comment les autorités croates et l’opinion publique devraient se positionner dans des cas comme celui-ci. Il est dommage que les auteurs anonymes de la stratégie industrielle qui ‘est sur le point d’être finalisée’ n’aient pas encore publié leur travail. Au moins une version de travail. Car s’il existe des critères (en plus des phrases les plus générales) et des activités prioritaires dans la stratégie industrielle, un investissement spécifique qui a atterri en Croatie pourrait être filtré à travers eux. Et non dans un pays qui est un grand consommateur de viande de poulet.
Alors que la stratégie (présumément) est encore en cours d’écriture, l’un des points de départ devrait être que la Croatie est devenue un pays à développement moyen, qu’elle a atteint 78 % du PIB moyen par habitant de l’UE, et qu’elle est déjà devenue une destination d’investissement souhaitable à cause de cela. Les 4,3 milliards d’euros d’investissements directs étrangers de l’année dernière (les investissements des investisseurs nationaux sont constamment négligés) le confirment. La Croatie n’est plus condamnée à accepter et à soutenir chaque investisseur qui apparaît. Il est temps que l’humilité coloniale non sélective soit remplacée par une politique indépendante qui s’aligne sur les intérêts nationaux et sociaux de cette communauté. Cela inclut également le droit du ministre de décider avec qui il va parler et avec qui il ne va pas.
