L’expression ‘retour européen à l’énergie nucléaire’ décrit de plus en plus le changement actuel dans la politique énergétique de l’Union européenne, où l’énergie nucléaire est considérée comme un outil clé pour atteindre l’indépendance énergétique, réduire les émissions de CO2 et stabiliser le réseau en période de demande énergétique croissante due aux centres d’IA et aux véhicules électriques.
Cette tendance a été accélérée par la crise énergétique causée par la guerre en Ukraine et le retrait du gaz et du pétrole russes. Bien que certains pays comme l’Allemagne et l’Autriche restent sceptiques, la majorité des États membres de l’UE soutiennent désormais l’énergie nucléaire dans le cadre de la transition ‘verte’.
Pourquoi ce retour se produit-il ? Principalement en raison de la sécurité énergétique.
L’Europe a réalisé à quel point elle est vulnérable en raison de sa dépendance aux importations de combustibles fossiles après l’attaque russe contre l’Ukraine. L’énergie nucléaire est une source stable qui peut remplacer le gaz et le charbon, et l’uranium est disponible de plusieurs sources, principalement du Canada et du Kazakhstan.
Le Pacte vert européen vise la neutralité climatique d’ici 2050, avec une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.
L’énergie nucléaire ne produit pas de CO2 pendant son fonctionnement, et l’Union européenne l’a incluse dans la ‘taxonomie verte’ en 2022, une classification des investissements durables, ce qui ouvre l’accès aux fonds.
L’Europe ne peut pas vivre dans une bulle
La demande d’électricité en Europe devrait augmenter de 50 à 80 %, selon les estimations. Les sources renouvelables comme l’éolien et le solaire ne peuvent toujours pas produire une telle quantité d’énergie, donc le nucléaire devrait servir de ‘batterie’ pour la stabilité du réseau.
Le Commissaire européen à la coopération internationale et au développement Jozef Sikela, ancien ministre tchèque de l’Industrie, déclare qu’il est clair que l’Europe ne peut pas vivre dans une bulle idéalisée de valeurs.
– L’énergie nucléaire, avec les sources renouvelables, peut jouer un rôle clé pour relever les défis à venir, de la stabilité du réseau à la décarbonisation en passant par la sécurité d’approvisionnement. Les organisations environnementales vertes condamnent unanimement de tels plans. Elles craignent que cela ne compromette tout le travail accompli au fil des ans pour la protection de l’environnement – déclare Sikela.
Thomas Lewis du Réseau européen pour la préservation du climat déclare que les lobbies utilisent la guerre comme excuse pour le manque d’investissement dans la protection du climat.
– Ils veulent réduire leurs coûts. Et les centrales nucléaires ne peuvent pas être construites rapidement, donc le récit sur la stabilité du système n’est tout simplement pas exact – affirme-t-il.
Un quart de l’énergie européenne est nucléaire
Les responsables de l’UE transmettent qu’il est possible de concilier protection du climat et développement nucléaire. La solution réside dans les petits réacteurs modulaires (SMR) – plus petits, moins chers et plus sûrs que les grandes centrales nucléaires traditionnelles.
L’UE a lancé l’Alliance industrielle européenne pour les SMR en 2024 pour accélérer leur introduction. Cette initiative regroupe des acteurs industriels, de recherche et politiques dans le but d’accélérer le développement, la démonstration et la mise en œuvre de petits réacteurs nucléaires modulaires en Europe d’ici le début des années 2030. L’initiative fait partie du Pacte vert européen et compte plus de 350 membres, y compris de grandes entreprises, des organisations de recherche, des startups, des institutions financières, des autorités locales et des organisations non gouvernementales.
