Trump n’est pas fou – il a raison de dire que les pays étrangers paient des droits de douane. C’est un fait indéniable que l’importateur aux États-Unis, qui est presque toujours une entreprise américaine, paie le droit de douane, et c’est un impôt supplémentaire pour les Américains. Mais ce fait ne révèle pas toute la vérité. La vérité entière est que les fournisseurs, et donc les pays dans lesquels ils sont basés, contribuent indirectement une partie de leurs bénéfices au budget américain et paient donc effectivement le droit de douane.
Dans une analyse récente de Goldman Sachs, il est conclu que les consommateurs américains supportent désormais deux tiers des coûts des nouveaux droits de douane de Trump, ce qui signifie qu’un tiers est absorbé par les entreprises étrangères, avec des estimations selon lesquelles cette part continuera de croître. C’est précisément ce que dit Trump : les pays étrangers, par l’intermédiaire de leurs entreprises, paient effectivement une grande partie des droits de douane en abaissant leurs prix et leurs marges.
Asymétrie du pouvoir économique
Une analyse spécifique montre comment fonctionne le transfert des coûts des droits de douane. Lorsque les États-Unis imposent un droit de douane de 25 pour cent, le prix pour le consommateur américain devrait augmenter de 25 pour cent. Cependant, des recherches menées par les économistes Mary Amiti, Stephen J. Redding et David E. Weinstein sur le prix de l’acier montrent une image différente. Le transfert initial de cent pour cent est tombé à cinquante pour cent un an après la mise en œuvre du droit de douane. Cela signifie qu’un fabricant d’acier européen qui vendait auparavant le produit pour cent dollars doit maintenant abaisser le prix de base à 87,50 dollars. Après le droit de douane de 25 pour cent, le prix final est de 109,38 dollars. Le résultat : l’entreprise européenne perd 12,50 dollars de marge, le trésor américain gagne 21,88 dollars, et le consommateur américain paie 9,38 dollars de plus. De plus, le trésor européen perd des recettes fiscales sur 12,50 dollars.
La politique tarifaire de Trump est un exemple d’une stratégie économique dans laquelle les deux parties perdent, mais avec des effets asymétriques. Les estimations montrent que les droits de douane réduiraient le PIB américain de 0,8 pour cent, mais les dommages sont plus importants pour les économies étrangères. Yang Zhou de l’Université Fudan à Shanghai a conclu que les droits de douane de Trump sur les biens chinois ont infligé plus de trois fois les dommages à l’économie chinoise qu’à l’économie américaine. C’est un calcul stratégique : si les droits de douane nuisent aux États-Unis de un pour cent, mais à la Chine de trois pour cent, cela est considéré comme une ‘victoire’ relative.
Pourquoi les entreprises acceptent-elles ces conditions ? La réponse réside dans l’asymétrie du pouvoir économique. Avec un PIB américain de plus de 25 trillions de dollars, cela en fait un marché irremplaçable. Perdre l’accès aux consommateurs américains signifie souvent la différence entre le succès mondial et l’irrélevance régionale. De plus, de nombreuses entreprises ont déjà investi des milliards dans des réseaux de distribution américains, rendant difficile la sortie du marché. La pression se transmet à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Une entreprise européenne qui doit abaisser sa marge transmet la pression à ses fournisseurs. Ainsi, un droit de douane américain de 25 pour cent déclenche une vague de compression des marges dans toute la chaîne mondiale, où chaque fournisseur doit décider s’il doit absorber une partie du coût ou risquer de perdre des affaires. C’est de la coercition économique pure – l’utilisation du pouvoir de marché pour extorquer des concessions. Il n’y a pas de logique économique ou de correction ici, juste le pouvoir brut du plus grand marché du monde.
