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Nawar Alsaadi, Kanata Advisors : Pour les investisseurs américains, la durabilité est un risque, pour les Européens une opportunité

L’application des principes de durabilité (ESG) n’est pas seulement une obligation qui a récemment été imposée à l’économie, mais aussi une opportunité de profit, et c’est là que l’Europe se distingue de l’Amérique. C’est l’un des points saillants évoqués par Nawar Alsaadi lors d’une interview pour Lider, l’un des intervenants à la conférence de la Chambre de commerce croate ‘Support Sustainability’ qui se tiendra les 9 et 10 septembre. Alsaadi est le fondateur et PDG de la société de conseil fintech ESG Kanata Advisors basée à Toronto. Avant Kanata, il a occupé des postes de haut niveau liés à l’ESG, tels que Chief Impact Officer chez Scope Four Capital, puis Senior Portfolio Manager pour les investissements ESG au Canada Post Pension Plan, et Directeur des insights ESG chez la société d’investissement éthique NEI Investments. À Zagreb, il donnera une conférence sur le thème ‘Durabilité 360° – de l’obligation à la dépense en capital’.

Comment l’application des principes de durabilité peut-elle améliorer la performance financière et la valeur pour les actionnaires ?

– L’intégration des principes de durabilité dans les affaires crée de la valeur par trois leviers : la réduction des risques, la réduction des coûts et la génération de nouvelles affaires. Par exemple, une entreprise immobilière qui améliore l’efficacité énergétique de ses bâtiments finira par économiser de l’argent grâce à des factures d’énergie réduites, réduisant ainsi les coûts. En même temps, alors que les réglementations sur l’efficacité énergétique des bâtiments se resserrent dans le monde entier, cela réduira le risque de pénalités réglementaires ou de potentielles baisses de la valeur de ses propriétés. Un autre exemple est un constructeur automobile européen avec des moteurs à combustion interne qui élargit son offre de produits aux véhicules électriques. Une telle initiative est susceptible de stimuler de nouvelles affaires en attirant de nouveaux clients de véhicules électriques tout en garantissant la conformité de l’entreprise avec des réglementations de consommation de carburant de l’UE plus strictes. À mesure que l’entreprise réduit ses coûts, atténue les risques et stimule de nouvelles affaires grâce à des initiatives de durabilité, sa performance financière et sa valeur globale augmenteront.

Quelles initiatives de durabilité spécifiques ont montré le meilleur retour sur investissement (ROI) pour les entreprises ?

– La réponse à cette question dépend de l’industrie dans laquelle l’entreprise opère. La viabilité financière des initiatives de durabilité doit être évaluée dans le contexte de l’activité de l’entreprise, de son coût du capital et des coûts de l’initiative de durabilité, parmi d’autres facteurs. En tenant compte de cela, une analyse empirique de 2023 réalisée par CPP Investments, FCLTGlobal et Wharton, incluant 2 900 entreprises de l’indice MSCI World de 2010 à 2021, a conclu que les entreprises qui s’engagent efficacement avec leurs employés, par exemple en offrant de bonnes conditions de travail et des salaires équitables, ont généralement un retour sur capital investi plus élevé ; ce résultat était cohérent dans tous les secteurs. Un autre exemple qui couvre les industries d’investissement est l’efficacité énergétique ou des processus. Une étude complète des projets de décarbonisation de 2024 réalisée par les universités de Göttingen et de Bielefeld et l’Université Northwestern a révélé que 74 % des projets de décarbonisation en Amérique du Nord au cours de la dernière décennie étaient liés à des améliorations de l’efficacité énergétique ou des processus, et 76 % de ces projets ont une valeur actuelle nette (VAN) positive. Cela semble être un signe que les investissements dans l’efficacité énergétique sont efficaces en capital. Malgré ces exemples, les calculs de durabilité basés sur le ROI doivent être effectués sur une base sectorielle et individuelle.

Comment les entreprises équilibrent-elles les dépenses en capital initiales pour la décarbonisation avec les avantages financiers à long terme, et quel est le rôle des investisseurs dans ce processus ?

– C’est une excellente question. Les entreprises subissent une pression croissante pour se concentrer sur le court terme et les bénéfices trimestriels. La période moyenne pendant laquelle les investisseurs publics détiennent des actions a diminué, passant de huit ans dans les années 1950 à moins de six mois aujourd’hui. Cela pose un défi significatif pour les entreprises cherchant à investir dans la durabilité, car la plupart des PDG s’attendent à ce que les investissements en durabilité portent leurs fruits dans un délai de trois à cinq ans. La recherche académique montre clairement que les entreprises qui gèrent à long terme créent une plus grande valeur. Par conséquent, peu importe que les investissements soient axés sur la durabilité ou non, les conseils d’administration des entreprises doivent s’assurer que les PDG ne gèrent pas à court terme mais investissent dans l’avenir à long terme de leurs entreprises. Pour y parvenir, il est nécessaire d’établir un équilibre entre les incitations à court terme et à long terme pour récompenser les dirigeants dans le cadre d’une stratégie d’entreprise bien développée qui englobe des objectifs à court, moyen et long terme. En ce qui concerne la durabilité, les entreprises doivent maintenir un dialogue sain avec les investisseurs sur les moteurs fondamentaux de leurs investissements en durabilité, les rendements attendus à court et à long terme, et résister à la pression de sacrifier le long terme pour des rendements à court terme. Pendant ce temps, les investisseurs, en particulier les propriétaires d’actifs tels que les fonds de pension et souverains, devraient encourager leurs gestionnaires d’actifs à gérer pour des rendements à long terme et à aligner la durée de leurs engagements en capital avec les besoins des projets de décarbonisation à long terme. Dans ce contexte, les investisseurs en capital-investissement et en infrastructures sont mieux placés pour investir et financer des projets de transition durable que les investisseurs du marché public, qui ont tendance à détenir des investissements pour des périodes plus courtes.

Quels sont les principaux défis auxquels les investisseurs sont confrontés lors de l’intégration des facteurs ESG dans leurs stratégies d’investissement ? Comment les approches d’intégration de l’ESG dans le processus d’investissement diffèrent-elles entre l’Amérique du Nord et l’Europe ? Trouvez les réponses à ces questions dans la nouvelle édition physique ou numérique du hebdomadaire d’affaires Lider.

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