En réponse au dernier procès de la société hongroise MOL devant le tribunal d’arbitrage de Washington, la Croatie devrait répondre en exerçant une pression par le biais d’un procès devant les tribunaux nationaux pour violations du droit européen, ainsi que par une manœuvre juridique devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). C’est un résumé de la proposition du parti We Can!, qui sera incluse dans leur interpellation concernant le travail du gouvernement lié à l’énergie. Comme l’a souligné Sandra Benčić, coordinatrice et représentante parlementaire de We Can!, lors d’un point de presse pour les journalistes au Parlement croate jeudi, la sortie de la Croatie de la Charte de l’énergie et le procès de MOL à Washington sont deux histoires interconnectées.
Comme récemment rapporté, le plus grand actionnaire d’INA a de nouveau – pour la quatrième fois – saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) à Washington, cette fois en raison du comportement non-marchand du gouvernement croate pendant la crise énergétique de 2022 causée par l’agression de la Russie contre l’Ukraine. La flambée des prix du gaz sur le marché au-dessus de 200 euros par MWh a motivé le gouvernement à déterminer en septembre 2022 qu’INA devait vendre tout le gaz domestique à Hrvatska elektroprivreda (HEP) pour les besoins des ménages, des écoles et des hôpitaux à un prix réglementé de 41 euros par MWh. Cette décision est restée en vigueur jusqu’en juillet de l’année dernière.
Une bouée de sauvetage devant la Cour de justice de l’Union européenne
Selon MOL, ces mesures ont contraint INA à vendre du gaz domestique à HEP pour une petite fraction du prix du marché équitable. Selon Benčić, la Charte de l’énergie entre en jeu ici, en vertu de laquelle MOL a en fait initié cet arbitrage. La Croatie n’a pas encore quitté la Charte de l’énergie, un accord multilatéral de 1998 visant à faciliter et protéger les investissements dans le secteur de l’énergie des pays d’Europe de l’Est. Cependant, en raison du fait que la Charte de l’énergie entrave la transition verte et n’est pas complémentaire avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, le Parlement européen a décidé en avril de cette année de la sortie de l’Union européenne en tant qu’entité de la Charte de l’énergie. Cette décision a été confirmée par le Conseil européen début juin.
Bien que l’Union européenne soit sortie, chaque État membre doit encore le faire séparément. Certains des plus grands membres l’ont déjà fait. L’Italie a été la première à le faire en 2015, suivie de l’Allemagne, de l’Espagne, de la Pologne, ainsi que du Luxembourg et de la Slovénie voisine. La base juridique sur laquelle la Croatie devrait contrer la société énergétique hongroise consiste en deux décisions de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) liées à la Charte de l’énergie. Dans les deux décisions, cette instance a conclu que les entreprises qui poursuivent des États individuels n’ont pas le droit à l’arbitrage car l’intention des États membres lors de leur entrée dans la Charte de l’énergie n’était pas d’annuler le concept de marché unique européen.
