Derrière l’anthropologue numérique Rahaf Harfoush, directrice exécutive de l’Institut Red Thread pour la culture numérique et auteure de trois best-sellers du New York Times, se cache une expérience mondiale enviable. Elle a été, entre autres, membre de l’équipe de médias numériques de Barack Obama lors de l’élection présidentielle de 2008, et au Forum économique mondial, elle a aidé à identifier des startups qui contribuent à l’amélioration du monde. Aujourd’hui, elle vit et travaille en France, où elle a été nommée membre de la commission du président Emmanuel Macron sur le rôle de la technologie dans la démocratie. Son travail se concentre sur les relations entre la technologie émergente, l’innovation et la culture numérique, aidant les organisations avec lesquelles elle collabore dans ces domaines. Dans une interview avant sa prochaine apparition à la ‘Future Tense’ conférence, où elle parlera de la technologie centrée sur l’humain, elle a révélé les charmes de sa profession et ses points de vue sur des questions pressantes telles que le développement de l’intelligence artificielle et la taxation des robots.
Vous êtes anthropologue numérique de profession. Que fait réellement votre profession et que recherche-t-elle ?
– En tant qu’anthropologue numérique, j’explore les manières complexes dont la culture et la technologie s’influencent mutuellement en examinant les changements sociaux provoqués par les innovations numériques. Cela inclut non seulement l’observation de la manière dont les gens utilisent la technologie, mais aussi la compréhension des significations qu’ils attribuent à ces outils et des rôles qu’ils jouent dans leur vie. Mon travail se concentre souvent sur des changements subtils dans le comportement, la perception et les normes sociales provoqués par nos interactions avec les plateformes et dispositifs numériques. Cela implique également de mener des ethnographies numériques détaillées, c’est-à-dire de m’immerger dans des communautés en ligne pour découvrir leurs cultures et comportements uniques, et de collaborer avec des clients pour interpréter de nouvelles tendances et marchés numériques. Grâce à la recherche et à l’analyse stratégique, j’aide les organisations à comprendre le monde numérique complexe en mettant en lumière des manières moins évidentes mais puissantes dont la technologie façonne notre monde.
Étant donné l’énorme attention médiatique que l’intelligence artificielle a suscitée au cours de l’année et demie écoulée, pourquoi pensez-vous qu’il est important de souligner le facteur humain à une époque de croissance technologique exponentielle ?
– L’attention médiatique que l’intelligence artificielle a générée conduit souvent à surestimer son impact actuel tout en sous-estimant les changements sociaux à long terme qu’elle apportera. Reconnaître ce phénomène peut nous guider sur la manière dont nous devons aborder l’IA avec une combinaison de scepticisme et d’optimisme progressif, pour comprendre la technologie de manière à améliorer notre humanité plutôt que de la diminuer. À ce stade précoce du développement de l’IA, il est unique que nous soyons en position d’établir des normes sociales et des lignes directrices éthiques pour l’utilisation de la technologie. C’est un moment crucial pour influencer le chemin de l’intégration de l’IA en établissant une éthique fondamentale qui privilégie le bien-être humain. Si nous agissons à temps, nous pouvons construire un écosystème technologique qui soutient nos valeurs et nos besoins avant qu’il ne devienne ancré dans nos vies, lorsque changer sa direction devient significativement plus difficile.
