La nouvelle CSRD (Directive sur le reporting de durabilité des entreprises) établit pour la première fois dans l’histoire un reporting de durabilité obligatoire pour plus de cinquante mille entreprises dans l’UE et dix mille autres en dehors de l’Union selon des normes ESRS strictes. La Croatie devra intégrer cette réglementation dans la Loi sur la comptabilité, la Loi sur l’audit et la Loi sur le marché des capitaux d’ici juillet 2024.
Une tempête réglementaire tant attendue arrive – tant pour les entreprises que pour le secteur financier. Bien que le nouveau cadre réglementaire semble décourageant et que de nombreux pessimistes le considèrent simplement comme un fardeau administratif qui siphonnera inutilement des ressources, il existe une perspective alternative. La nouvelle réglementation est également une bonne opportunité pour améliorer les processus, mieux se positionner sur le marché et atteindre des indicateurs financiers impressionnants.
Dans un monde changé de ressources limitées où les profits et la croissance infinie ont longtemps été l’alpha et l’oméga des décisions commerciales, l’ancien modèle de business as usual n’est plus durable. Les changements climatiques et sociaux affectent de plus en plus négativement la vie de nombreuses personnes et entreprises, des sécheresses, inondations, perte de ressources en eau et de sols fertiles, rendements plus faibles aux migrations de population subséquentes, ainsi la gestion des risques physiques et aigus et des plans de transition clairs doivent devenir une partie intégrante des stratégies commerciales, tant pour les entreprises que pour les banques et l’ensemble de l’industrie financière.
Faire face à la réalité
Les banques et les investisseurs font face à une décision difficile mais nécessaire qu’ils devront se désengager des secteurs qui posent des risques non seulement pour l’environnement mais aussi pour la stabilité économique à long terme. Cependant, de tels changements ne seront ni simples ni rapides en raison du temps nécessaire à la transition et des nombreux intérêts qui impliquent une forte exposition et rentabilité de ces secteurs pour l’industrie financière.
Pour les entreprises, cela signifie faire face à une nouvelle réalité que l’ancienne façon de mesurer la performance et d’obtenir des notations des banques basées sur des indicateurs financiers (par exemple, EBITDA, rentabilité, dette et liquidité) ne sera plus suffisante car les risques ESG deviendront une partie intégrante de l’évaluation de leur solvabilité et porteront un poids croissant, rendant plus difficile l’accès au financement, au capital et aux fonds E s’ils ne s’adaptent pas à ces nouvelles circonstances. En raison du rôle de plus en plus important des banques dans la promotion de la durabilité et la réorientation des flux financiers, ce changement n’est pas juste temporaire. C’est une décision stratégique qui a des implications profondes pour le succès futur et la stabilité des entreprises.
Malgré tous les défis, de nouvelles opportunités s’ouvrent pour les entreprises. En transformant les modèles commerciaux, en créant des produits et services verts innovants, et en renforçant l’interaction avec les parties prenantes, elles peuvent mieux se positionner dans ce monde zéro émission.
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Le succès de ces changements ne peut dépendre uniquement de la volonté des entreprises individuelles. Une synergie de divers acteurs est nécessaire – l’État, le secteur financier et, bien sûr, les entreprises elles-mêmes. C’est pourquoi un cadre réglementaire ESG strict a été établi au niveau de l’UE. Cette initiative garantit une action synchronisée, la transparence, la mesurabilité, la comparabilité et la numérisation des données sur les pratiques durables, posant ainsi les bases d’un écosystème économique durable pour toutes les parties prenantes.
Pourquoi la réglementation est nécessaire
Depuis des années, le reporting de durabilité basé sur la NFRD (Directive sur le reporting non financier) a souvent été un miroir d’histoires de RP superficielles et bien élaborées qui étaient loin des pratiques réelles et des efforts significatifs que les entreprises investissaient dans la durabilité. Au lieu de se concentrer sur des questions matérielles et clés, de nombreuses entreprises ont mis en avant des réalisations précisément dans ces domaines où elles étaient déjà performantes, créant une illusion qui ne reflétait pas pleinement la véritable image de leurs activités. La conséquence de ce reporting sélectif axé sur des éléments positifs a souvent été non seulement une perception publique déformée mais aussi des notations ESG irréalistes, ce qui a à son tour sapé la confiance dans le concept même d’ESG.
C’est précisément pourquoi l’UE a adopté une nouvelle directive, CSRD (Directive sur le reporting de durabilité des entreprises), qui remplace la NFRD et pour la première fois dans l’histoire impose un reporting de durabilité pour plus de cinquante mille entreprises dans l’UE, qui génèrent plus de 75 % des revenus de toutes les entreprises de l’UE, et dix mille autres en dehors de l’Union selon des normes ESRS strictes (Normes européennes de reporting de durabilité). La Croatie devra intégrer cette réglementation dans la Loi sur la comptabilité, la Loi sur l’audit et la Loi sur le marché des capitaux d’ici juillet 2024. Étant donné que nous sommes dans une année électorale, il est à prévoir qu’elle sera introduite dans la législation locale encore plus tôt.
Nouvelles règles de reporting
En plus d’être définies par des lois, les entreprises devront reporter selon des normes ESRS strictes, ce qui signifie que la structure du rapport de durabilité est strictement prescrite et il est défini quelles informations des trois domaines (E, S, G) doivent être rapportées. Le rapport de durabilité n’est plus séparé mais devient une partie intégrante du rapport de gestion et doit être soumis simultanément avec la soumission des rapports financiers. Les représentants responsables de celui-ci le soumettront dans un format numérique XBRL (format lisible par machine) à la base de données centrale européenne (EMAS). Toutes les informations indiquées dans le rapport doivent être vérifiables et prouvables, et un changement important est que le rapport doit être audité par un auditeur ou un tiers autorisé.
L’application pour les entreprises qui étaient obligées en vertu de la NFRD (celles ayant plus de cinq cents employés et d’intérêt public) commence pour l’exercice financier 2024 (environ dix mille entreprises dans l’UE et environ soixante en Croatie), et à partir de 2025, le seuil est abaissé aux entreprises qui répondent à deux des trois critères (plus de 250 employés et/ou 20 millions d’euros d’actifs et/ou 40 millions d’euros de revenus). Cela signifie que le champ d’application des entreprises s’élargit progressivement à plus de cinquante mille dans l’Union européenne, ou environ quatre cents en Croatie. Pour ces entreprises, s’adapter à un reporting obligatoire sera le plus grand défi car elles n’ont jamais été confrontées à de telles exigences réglementaires significatives auparavant.
