Le 16 décembre 2019, l’Agence publique de la République de Slovénie pour la protection de la concurrence (AVK) a pris la décision de saisir temporairement les actions de Mercator d.d. d’Agrokor d.d. Cette décision sans précédent dans la pratique de cette agence de régulation slovène de facto a abouti à l’expropriation de la propriété privée d’Agrokor, car les actions de Mercator ont été temporairement saisies sans aucune décision judiciaire et sans fondement juridique valide, a déclaré le groupe Fortenova dans un communiqué de presse.
La mesure temporaire de saisie des actions est fondée sur une pénalité disproportionnée et non définitive, qui est également sans précédent dans la pratique de ce régulateur, s’élevant à 53,9 millions d’euros. Agrokor a fait appel de cette pénalité, qui a été imposée par l’AVK en septembre de cette année pour un cas de concentration. La pénalité non définitive est sans aucun doute disproportionnée, étant donné que la société en question, Costella d.o.o., génère un peu plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires annuel. Cette société a été acquise par Ivica Todorić, ou Agrokor AG de Suisse, en 2016.
La saisie des actions de Mercator est également significativement disproportionnée, car la valeur des actions en question est estimée à plus de 140 millions d’euros, tandis que la pénalité non définitive – qui est contestée – s’élève à 53,9 millions d’euros. De plus, selon l’explication de l’AVK, la mesure temporaire de saisie des actions de Mercator a été prise sur la base de la Loi sur les infractions et des dispositions de cette loi qui sont généralement appliquées, par exemple, dans les infractions routières ou des infractions similaires découvertes en flagrant délit, commises par des personnes étrangères en République de Slovénie.
Par conséquent, Agrokor considère cette procédure de saisie des actions comme une mauvaise application grossière et intentionnelle et un abus de la loi par l’organisme de régulation de l’État, qui devrait faire respecter les lois nationales et dont les responsables ont été nommés par l’Assemblée nationale de la République de Slovénie (le parlement slovène) en tant qu’organe législatif suprême du pays.
Pour clarifier le contexte, la Loi sur les infractions appliquée dans ce cas pour la saisie des actions prévoit généralement la possibilité qu’un étranger qui, par exemple, dépasse la vitesse puisse avoir son permis de conduire ou sa voiture temporairement saisis jusqu’à ce qu’il paie l’amende, car il existe une possibilité justifiée que l’accusé puisse fuir, ce qui entraînerait un éventuel non-paiement de l’amende. Les prérequis de base qui doivent être remplis selon cette loi pour déterminer la mesure de saisie temporaire sont soit que l’infracteur fuit à l’étranger, soit qu’il tente de se cacher. Il est sous-entendu, cependant, qu’aucun de ces prérequis ne peut être rempli lorsqu’il s’agit d’une entité juridique étrangère valablement existante – puisque cette entité ne peut pas ‘fuir’ ou ‘se cacher’. De plus, le but de cette loi est de fournir une protection immédiate. La décision écrite doit être remise à l’infracteur dans les trois heures, et les tribunaux doivent décider de l’appel dans les 48 heures, tandis que dans le cas en question, l’AVK a attendu deux mois pour demander une saisie temporaire, ce qui soulève encore des doutes sur les intentions de l’AVK.
Bien que l’AVK n’ait jamais saisi quoi que ce soit en garantie d’un paiement dans sa pratique précédente, encore moins sur la base de la Loi sur les infractions, qui est en vigueur depuis 2006, dans le cas actuel, par une application inadéquate de cette loi, elle a maintenant saisi 69,57 % de la participation d’Agrokor d.d. dans Mercator, prétendument comme moyen de garantir le paiement de la pénalité non définitive de 53,9 millions d’euros, contre laquelle Agrokor a demandé une protection judiciaire sur la base d’arguments solides.
Pour rappeler, en raison du non-respect de la déclaration de concentration d’Agrokor AG et d’Ardeya Global Ltd., l’Agence publique de la République de Slovénie pour la protection de la concurrence a, le 24 septembre 2019, pris la décision d’imposer une pénalité de 53,9 millions d’euros à Agrokor en tant qu’entité juridique et cinq mille euros à la personne responsable. Selon l’explication de l’AVK, par cette concentration, Agrokor a acquis 100 % des actions de la société qui possède Costella d.o.o. et était prétendument obligé en vertu de la Loi sur la protection de la concurrence sur le marché en Slovénie de déclarer la concentration 30 jours après la signature de l’accord d’acquisition. Comme un tel rapport n’a pas été soumis, l’AVK a engagé la procédure d’évaluation de la concentration d’office le 9 avril 2019.
