C’était en fait une image et une opportunité parfaites de la Croatie moderne et européenne, un endroit dégradé au niveau d’une grotte, vers lequel même le Moyen Âge semble maintenant un changement civilisationnel inaccessibile. Ce n’était pas toujours comme ça, la génération plus âgée se souviendra probablement avec tristesse dans les yeux, mais aujourd’hui c’est effectivement le cas. La Croatie d’aujourd’hui est un marais dégoûtant de primitivisme, de paysannerie, de retard, de corruption, de vol, de tromperie, de mensonge, d’auto-tromperie et d’extrémisme de droite du pire genre, digne de l’Union européenne uniquement par le critère d’hypocrisie qu’elle manie en quantités illimitées.
Il ne fait aucun doute que de nombreux justes parmi les manifestants ‘antigay’, comme ils aiment se camoufler en public, il y a juste une semaine, tenaient des chapelets et, les yeux pleins de larmes, écoutaient l’incarnation de leur dieu sur terre alors qu’il transmettait des messages touchants de paix, d’amour et de tolérance et recevant Jésus en eux-mêmes, pour choisir un autre type de rassemblement public pour le samedi suivant, cette fois dans la Dalmatie ensoleillée. Ici, contrairement à l’événement de samedi dernier, il n’y avait pas besoin de faire le show et d’agir, on pouvait enfin se détendre et se rendre à leur nature pierreuse, donnant à ce hameau puant avec l’odeur reconnaissable de crottin de mouton un peu d’espace pour respirer. Il n’y avait pas de place pour les gentillesses ici, le travail manuel était recherché, celui qui convient le mieux à ce type de résident croate. À en juger par l’état de l’économie, c’est la seule chose à laquelle il est bon.
Ainsi, les plus moraux et purs parmi nous ont décidé de protester (ignorons pour les besoins de ce texte l’utilisation frivole du terme manifestant qui suggère un minimum d’engagement rationnel) contre les pédés, ou en principe contre ceux qui ont des relations sexuelles avec le même sexe, bien que juste sept jours plus tôt, ces mêmes puritains n’avaient rien contre, bien au contraire, le protecteur des pédophiles qui a décidé à contrecœur d’admettre certaines vérités gênantes quand il n’était plus possible de faire semblant d’être bossu et qui a complètement empoisonné même les pas de souris de son prédécesseur vers l’ère industrielle précoce.